Royal City, tome 2 Sonic Youth Année de sortie : 2018

Auteur : LEMIRE Jeff
Editeur : Urban Comics



Collection : Urban Indies
Album cartonné/144 pages couleurs
Date de parution : 22 juin 2018
ISBN : 9791026813941

Le jeune Tommy, poussin de la famille, nous raconte les dernières semaines avant son décès. Comme tous les habitants du coin semble-t-il, Tommy suffoque et ne supporte pas la lourdeur de l’atmosphère. Il se sent emprisonné par Royal City, sclérosé. Il rédige un journal qui en dit long sur la désolation de cette ville qui n’entretient ses habitants que grâce à l’immense usine où tout le monde fini par travailler…
Mais Tommy souffre de migraines de plus en plus sévères. Le diagnostic tarde à être posé mais n’augure pas que du bon. Alors pour calmer le mal, penser à autre chose, il établit des listes, souvent les 10 meilleurs albums de tous les temps. Nirvana, Pixies, The Clash y apparaissent tandis que Richie, âgé d’un an et demie de plus, fait hurler Slayer dans sa voiture.

On est dans une temporalité différente du premier tome puisque Jeff Lemire fait parler Tommy à travers ses carnets. Ce personnage est au centre du récit. Il apparaissait comme un fantôme rongeant sa famille dans le premier tome. Ici, il raconte sa propre vie tandis que l’on aperçoit les prémices de ce qui va détériorer sa famille : le début de collection de postes de radio de son père, l’incapacité de l’ainé Pat a faire quelque chose de constructif dans sa vie ni à devenir réellement écrivain, la détresse de la sœur qui tombe enceinte à 17ans, l’inconstance de Richie qui ne pense déjà qu’à l’alcool et ne respecte rien, la frustration de la mère de famille… Tout cela emmuré dans la coque de l’abcès qu’est Royal City.

Un récit percutant et qui rend si bien hommage aux musiques rock et métal qu’on a l’impression d’entendre une bande son lorsqu’on lit ce comics même si tout est silencieux autour de nous.
Sa lecture m’a évoqué les ambiances lancinantes et glauques de « Twin Peaks » (Lynch) et les errances des vampires de « Only Lovers Left Alive » (Jarmusch). Une Amérique profonde avec une industrie quasi moribonde.
Du grand art !

Tiphaine