L'Homme démoliAnnée de sortie : 2011

Auteur : BESTER Alfred
Editeur : Folio SF



Folio SF N°411
Traduit de l'anglais par Patrick Marcel
Date de parution : 27 octobre 2011
ISBN : 9782070443543


Vous connaissez tous l’expression « Oldies but Goldies ». Elle convient parfaitement pour ce roman de feu Alfred Bester L’homme démoli écrit en 1953. Ce texte a un petit charme désuet. Car à cette époque Alfred Bester n’avait pas à sa disposition toute notre technologie. Mais peu importe, il utilise les mots de son temps pour nous décrire un futur tout à fait plausible. Et surtout, il s’intéresse à la télépathie d’une façon qui vous fera penser à un autre grand auteur du genre, mais lui bien plus prolifique: Philip K Dick. Et notamment à Minority Report, une nouvelle écrite en 1956 (à lire si ce n’est déjà fait : Folio SF n°109 ). Soit 3 années après L’homme démoli.

Dans L’homme démoli nous nous retrouvons dans une société où la télépathie est très développée. Tous les hommes influents ont des secrétaires particuliers télépathes, des gardes du corps télépathes etc. Mais surtout la police utilise les télépathes. Ce qui a permis d’empêcher tout meurtre depuis 70 ans. Dans ce monde ultra policé, évolue Ben Reich qui (comme son nom l’indique) est à la tête d’un véritable empire. Ben en veut toujours plus. Et son principe est le suivant, si vous ne pouvez pas terrasser votre ennemi, alors faites en un allié. C’est dans ces conditions qu’ils va proposer une fusion de sociétés à son adversaire économique: Dave D’Courtney.

Mais lorsque la réponse arrive, Ben Reich y lit un refus. Il va alors échafauder un stratagème pour mettre un terme définitif à ce rival. Son but est simple : tuer Dave D’Courtney! Mais comment réaliser une pareille entreprise avec tous ces télépathes qui se promènent à chaque coin de rue? Comment échapper à la police où ils sont légion?

Qu’il est difficile de vous parler de ce roman sans trop vous en dévoiler!

Tout l’intérêt de ce roman réside dans l’atmosphère qu’arrive à mettre en place Alfred Bester. Vous allez avoir une bonne dose d’antipathie pour Ben Reich, cet odieux magna qui écrase tout ce qui se met en travers de sa route. Vous n’aurez qu’une envie : qu’il se fasse prendre et qu’il subisse la démolition. Mais Ben Reich est malin. Et c’est tout le labyrinthe qu’il va créer autour de ses pensées pour se protéger qui va vous fasciner. Vous découvrirez à quel point Alfred Bester est astucieux dans la construction de son histoire, en nous menant sur de fausses pistes, en jouant tel un maître d’échec plusieurs coups à l’avance. Nous laissant croire que nous avons tout compris à sa stratégie, alors que nous tombons dans un piège subtil.

Car si Ben Reich avait tout prévu. Il y a toujours un petit grain de sable qui vient s’insérer dans la mécanique bien huilée. Et lorsqu’un plan qui devait se dérouler sans accroc, qui demandait la plus grande minutie laisse place à l’improvisation, les conséquences peuvent être catastrophiques. Laissez vous guider dans les esprits surprenants des télépathes, voir comment ils récupèrent des informations à l’issue des personnes qu’ils scrutent ou devrais-je dire qu’ils matent (comme l’exprime Alfred Bester). Et surtout venez observer Ben Reich au milieu de tous ces gens, lui qui n’est qu’un homme dévoré par l’ambition et qui n’a que son intelligence machiavélique pour se hisser au dessus de la mêlée.

Alfred Bester a signé avec L’homme démoli un roman d’une très grande finesse. Il avait reçu le Premier Prix Hugo. Dommage que cet auteur décédé en 1987 n’ait pas laissé d’avantage de textes, car la qualité de son écrit est absolument remarquable.

Xavier