Un Long Moment de silenceAnnée de sortie : 2014

Auteur : COLIZE Paul
Editeur : Folio Policier



Folio policier n°728
Couverture souple/514 pages
Date de parution : 20 mai 2014
ISBN : 9782070455072

Paul Colize n’en est pas à son coup d’essai. Auteur de plusieurs romans et déjà lauré, il signe un coup de maître avec UN LONG MOMENT DE SILENCE, Prix Landerneau Polar 2013 et Prix Boulevard de l’Imaginaire 2013.

Difficile de définir d’emblée le genre de ce roman à tiroirs original, mi polar, mi historique, dont le personnage principal est particulièrement odieux.
Le prologue donne le ton… et, d’une certaine façon, la clé. Mais la clé ne nous sera réellement fournie qu’à la fin, après bien des interrogations et des incertitudes. Car dans ce prologue il est question d’un souvenir d’enfance partiel. Pour en recouvrer sa signification originelle, le narrateur nous entraînera à sa suite dans une quête de vérité pleine d’ombres et de chausse-trappes.

Le livre est composé de chapitres alternatifs juxtaposant passé et présent.
Ce que je qualifierai d’histoire « conductrice » débute en 2012, sur un plateau de télévision littéraire. Stanislas Kervyn y présente l’ouvrage qu’il vient de publier sur la mort dramatique et mystérieuse de son père en 1954. Probablement une balle perdue… Mais, suite à un coup de téléphone anonyme, il réalise que ses conclusions sont peut-être erronées.
Parallèlement se greffe, comme en un jeu de ping-pong, une seconde histoire qui est celle de Nathan Katz, jeune rescapé des camps de concentration, arrivant à New York en 1948.

Ce double récit pivote de l’après-guerre à aujourd’hui dans un incessant va-et-vient qui tient le lecteur à la fois en haleine et dans l’expectative. Cette construction complexe est un pari d’écriture réussi. On se prend au jeu des hypothèses. En vain : Paul Colize est sans pitié. Plus on avance, plus on a envie de savoir ce qui relie Stanislas Kervyn à Nathan Katz, lesquels avancent « côte à côte », d’un chapitre l’autre, chacun dans son époque. Tandis que le premier, affreusement macho, égoïste, grossier et solitaire, mène l’enquête sur les assassins de son père, le second intègre une association « le Chat » qui traque les ex nazis car, à ses yeux, il n’y a pas d’absolution possible...
Mais il est des évidences qui ne sont qu’apparences… On reste dans le brouillard tout en se rapprochant, de mini touche en mini touche, du dénouement.

L’auteur aime les phrases courtes, percutantes, les mots parfois très crus qui cognent, les chapitres ramassés sur eux-mêmes et dotés de titres sibyllins ou informatifs.
Les deux héros, l’un antipathique à l’extrême, l’autre obsédé par la vengeance -qui, selon lui, n’est que justice- sont captivants à défaut de provoquer notre empathie.
Mais il est également question de pardon. Qui peut-être est justice, lui aussi.

La fin étonne et, même au bout de tant de pages, donne l’impression de survenir trop vite. Elle était insoupçonnable bien que le lecteur ait plusieurs fois cru l’avoir devinée. Et que dire de cette « Note au Lecteur » qui clôt le livre et assène une vraie claque !
Seul bémol à mes yeux : Stanislas Kervyn s’humanise… Ce n’était pas forcément nécessaire. L’abjection lui allait bien et achevait de rendre glaciale cette tragédie très noire sur fond de thriller subjuguant.

Paul Colize maîtrise parfaitement son intrigue et en dénoue les fils enchevêtrés avec brio. Suspens….


Dom.