Les Limites de l'enchantementAnnée de sortie : 2015

Auteur : JOYCE Graham
Editeur : Folio SF



Folio SF N°532
Couverture souple/432 pages
Trad. de l'anglais par Mélanie Fazi
Ill. de couverture : Sam Van Olffen
Date de parution : 29-10-2015
ISBN : 9782070459131

Fern vit en marge du village avec sa mère adoptive, Maman Cullen, qui a tout de la sorcière des anciens temps avec ses potions et ses herbes glanées à longueur d'année dans la campagne environnante.
Si la jeune fille respecte et écoute son aïeule, prend garde à retenir les recettes et rituels ancestraux, elle se questionne aussi sur le monde en pleine mutation autour d'elle. A vingt ans, elle ne connaît pas les garçons et dit qu'elle s'en passera toute sa vie. Mais le nouvel arrivé dans le voisinage, le hippie Chas, puis l’ami de toujours, Arthur, piquent de plus en plus sa curiosité.
Dans ces années 60 bouillonnantes, y-a-il encore de la place pour des croyances d'un autre âge? Bien vite, alors qu'elles ont aidé les autres avec pudeur et discrétion, Fern et Maman Cullen seront mises au ban de la société.
Qu'adviendra-t-il d'une vieille dame bornée et d'une jeune fille qui ne connaît rien des besoins matériels de la vie quotidienne réelle?

Graham Joyce reprend ici la recette du très bon Lignes de vie : une société en pleine évolution, un monde réel émaillé de subtiles touches fantastiques et des personnages féminins très forts. Si la demeure matriarcale a laissé place à une seule jeune femme avec sa mère adoptive, si l'époque a changé, les comparaisons restent nombreuses. A commencer par le rôle d'accoucheuse présent dans les deux romans. Mais, modernité oblige, on parle ici également des prémices de l'échographie et des nouvelles méthodes de formation des sages-femmes.
De nouveau, ce sont les femmes qui mènent la danse face à des hommes parfois cruels mais toujours faibles. Quels que soient leurs déboires, les personnages féminins semblent toujours avoir le dernier mot!

Le style de Graham Joyce est toujours aussi percutant et fluide, servant à merveille sa narration. Ajoutons qu'une fois de plus, la traduction de Mélanie Fazi est d'une justesse remarquable.
Les Limites de l'enchantement représente(nt) une plongée dans la Grande-Bretagne rurale des sixties comme on ne l'a jamais vue. Un clash entre tradition fantastique et avidité de modernité.
C'est aussi une ode à la Nature première et un hommage à Lewis Caroll, plusieurs fois cité dans le roman. La figure très présente du lièvre s'y réfère aussi très clairement.

Tiphaine