Et cette porte, là-bas, qui se fermait…Année de sortie : 2009

Auteur : GÉVART Pierre
Editeur : Argemmios éditions




Novella 116 pages


Illustrations de couverture et intérieures : Mathieu COUDRAY


Date de parution : 20 octobre 2009


ISBN : 978-2-9530239-5-4


Dès la couverture de cette novella, on ressent à la fois l’angoisse et l’attraction provoquée par cette porte en fond de couloir. A l’origine du texte, le mythe d’Orphée et d’Eurydice avec toutes les interrogations qu’il comporte. Mais surtout la question centrale de savoir si oui ou non on se doit d’être victime d’un destin, de son destin.


On suit ainsi les différentes étapes qui ont mené le poète à venir chercher sa muse jusque dans l’antre des Enfers, le long chemin vers la sortie et finalement l’irrémédiable séparation des amants aux portes de la Vie et du monde des hommes.


Cette étude se fait en parallèle avec l’histoire d’un couple de notre univers contemporain.


Lui s’appelle Orphée et a tendance à boire trop, à manquer d’imagination et d’initiatives, à développer une jalousie exacerbée.


Elle se nomme Eurydice, aime les petits détails de la vie qui font toute la différence, comme la bordure dorée d’une soucoupe de café, s’attarde sur les petits rien et vit au jour le jour sans tenir compte du passé ni du futur. Elle fume trop et cela horripile son compagnon.


Ces deux-là semblent s’être mis ensemble parce que, justement, ils s’appelaient Orphée et Eurydice. Reste à savoir si leur couple doit obligatoirement suivre le tracé du mythe. C’est là que je trouve le gimmick visuel de fin de chapitre vraiment adapté à la situation : le cendrier et la bouteille de scotch représentant chacun des travers éloignant inexorablement les deux amoureux, tandis que le croissant, placé au milieu du dessin, constitue le point d’ancrage du couple, la lueur d’espoir. Pour rester sur l’illustration, la couverture est tout simplement formidable. Les couleurs ayant une rare profondeur et la symbolique du texte étant parfaitement rendue.


Revenons au récit qui est un petit bijou stylistique. Tout d’abord, par le jeu d’emploi original des pronoms personnels qui peut dérouter au premier abord, mais permet au lecteur de mieux appréhender les sentiments et le ressenti des personnages. Ensuite, par le délicieux humour développé dans les analyses des faits mythologiques au début de chaque chapitre. Pierre Gévart se permet en effet des suppositions, des interprétations très personnelles des motivations des Dieux et des héros grecs. Un pur moment de bonheur où l’on se détend tout en réfléchissant aux questions posées par ce mythe. La transposition moderne n’est absolument pas surfaite et colle parfaitement au propos, prolongeant de façon pertinente les questionnements de débuts de chapitres. En apothéose, l’auteur nous offre un final tragicomique sous forme d’une authentique scène de théâtre.


Cette novella très particulière tant au niveau technique de l’écriture qu’au niveau de la narration offre de multiples niveaux de lectures. Elle s’avère tout à fait agréable à lire par sa fluidité et la fraîcheur de certains passages, alors que les thèmes sous-jacents (poids du destin, jalousie, alcoolisme, dépression…) se révèlent parfois durs et peu joyeux. Un excellent petit livre qui mérite d’être découvert, puis étudié sous bien des angles. A lire et à relire donc.


Tiphaine





Pour écouter l'interview de Pierre GEVART réalisée le 31 octobre 2009: lien ici