ExperonAnnée de sortie : 2008

Auteur : CRUCIANI Hélène
Editeur : Griffe d'Encre



Illustration : Laëtitia Deschamps

Parution : 15 février 2008

258 pages

ISBN : 9782952923965



Voici donc le premier roman à paraître aux éditions griffe d’encre et l’on peut dire qu’il s’agit là d’une belle réussite. L’auteur, Hélène CRUCIANI, nous transporte dans un monde futuriste relativement proche : les années 2050. Les codes de l’anticipation semblent ici bien renouvelés tant ce récit nous transmet une impression de fraîcheur lors de sa lecture. En outre, nous sommes amenés à nous questionner sur ce qui est déontologiquement acceptable ou non dans le domaine du contrôle des naissances, de la procréation, du handicap et des relations sociales en général. Si l’on faisait abstraction des singulières avancées technologiques mises en place par l’auteur, on pourrait presque se croire en pleine lecture d’un essai sociologique sur les relations de couples ou les différences hommes/femmes. Mais non, nous sommes réellement en face d’une pure (science-)fiction, parfaitement maîtrisée, avec une trame originale, des personnages bien typés, une touche de suspense non négligeable avec des rebondissements à tiroir, une écriture très fluide et une bonne dose de critique de la société actuelle. J’ai particulièrement apprécié que l’histoire soit complètement bouclée à la fin et que tous les protagonistes trouvent la voie pour laquelle ils étaient destinés dès le début. Tout est cohérent malgré un sujet principal et des questionnements intermédiaires délicats. Bravo donc !

Entrons maintenant un peu plus avant dans le récit sans toute fois en révéler l’essence. A mon avis, la quatrième de couverture est un peu réductrice car elle donne l’impression de s’attacher plus à un problème de couple qu’à une véritable expérimentation scientifique. Au début et au cœur d’EXPERON, un enfant mutique d’une dizaine d’années qui n’est pourtant pas sourd, Ange. Autour de lui : Andy Sollow, un scientifique brillantissime qui néglige ses devoirs conjugaux au profit de ses découvertes, sa femme Annabel, une beauté en mal d’enfant qui ne parvient pas à réussir l’examen qui l’autorisera enfin à procréer, un couple d’amis autorisé à procréer mais confronté à toute la machinerie impressionnante que cela entraîne, sa mère adoptive Marie qui est bien cachottière mais rêve qu’elle entendra le son de sa voix avant de mourir et le fidèle ami du Docteur, son financeur. Les personnages sont amenés à se croiser et à partager leur expérience tandis que Andy Sollow poursuit ses recherches et amène peu à peu les prémices de la parole à Ange. C’est ainsi qu’il s’aperçoit de l’extraordinaire potentiel de son patient qui lui permet de remettre sur rail un projet maintes fois rejeté par les instances dirigeantes «Expéron », une expérimentation jouant sur le cerveau humain. Nous suivons ainsi le parcours de recherche fait de tâtonnements, d’alternance entre progrès et échec et nous sommes au centre des questionnements éthiques qui se posent invariablement lorsque l’on travaille sur l’humain. Parallèlement, les femmes du livre, enfermées dans les nouvelles règles de maternité imposées au nom de l’égalité des sexes suite à un vote très démocratique de la fin du XXème siècle, suivent un véritable parcours du combattant pour arriver à enfin devenir mères.

Tout a avancé très (trop) vite dans le monde d’Hélène CRUCIANI, les techniques, les lois, les maladies incurables, les manipulations génétiques. Le progrès n’amènerait-il pas l’Homme à sa régression ? Au passage, nouveau coup de chapeau à l’auteur pour ses détails très pertinents dans le domaines des troubles sensoriels (cécité) et des troubles du langage. En outre, les théories psychiatriques, quoique bien déviantes, s’appuient sur de solides bases. Un excellent travail de synthèse et des propositions curatives qui seraient tout à fait plausibles si nos avancées scientifiques en étaient là.

Il ne faut donc pas hésiter un seul instant à se plonger dans la lecture de ce roman dont l’histoire devient de plus en plus prenante au fil des pages et n’est jamais décevante. Une vraie découverte pour de la science-fiction sociale, très fraîche, servie par des personnages très cohérent et qui tient la route jusqu’au bout.



Tiphaine