Home (court-métrage)Année de sortie : 2013

Réalisateur : LE GOFF Julien
Distribution : Lunide Productions

SHORT-FILM - Home (Teaser) from Lunide on Vimeo.



Difficile de parler du court métrage Home sans tout dévoiler. En même temps, même en connaissant le sujet, cela ne changera pas l’intérêt du film, puisqu’il n’y a pas de révélation. Ici vous n’êtes pas en train de regarder 6ème sens...
Et à part le plaisir de regarder Home pour le travail du réalisateur Julien Le Goff qui utilise de très bons angles lors de ses prises de vue, ce n’est pas l’histoire qui va vous faire sauter au plafond.
Ce court métrage écrit par Julien Le Goff et Mehdi Salamé traite une thématique délicate de façon choquante, gratuite et désincarnée. Mais surtout, pourquoi choisir une histoire pareille ? Il était tout à fait possible de réaliser les mêmes plans de caméra avec une idée différente. Ou en donnant un véritable message au spectateur.
Si le but est d’obliger à s’interroger après avoir vu Home, c’est réussi. Mais notre question est : pourquoi faire des films pareils ?
Pour le sujet : nous découvrons un garçon dans une grande maison. Il y a des cartons un peu partout, comme si un déménagement se préparait ou venait de s’effectuer. Le garçon se promène dans quelques pièces, la caméra le suit jusqu’à ce que vous découvriez la raison pour laquelle il est dans cette habitation…
Si vous écoutez attentivement la fin du teaser, vous aurez déjà une idée de ce qui va se passer…
Les seules choses que nous rajouterons sur l’histoire sont ces questions : pourquoi une telle histoire ? Et pourquoi un traitement si propre et esthétique d’un tel sujet ? Faut-il y voir un simple exercice de style ? Y a-t-il une volonté de dénonciation ? Ou n’y a-t-il que de la complaisance ?
Pour les réponses, il faudra vous reporter aux réponses du réalisateur Julien Le Goff ci-dessous.

Pour nous, ce film n’a pas d’intérêt autre que celui de montrer la technique de Julien Le Goff en tant que réalisateur. Les choix des prises de vue sont très intéressants. Julien Le Goff se fait plaisir, avec une impression de ralentit par instant, comme vous pouvez le voir sur le teaser avec la fumée qui sort du nez de Paul Paracini. Des moments hors du temps, qui sont là pour vous intriguer.
Le plan où Paul Paracini monte les escaliers ajourés, vu d’en dessous est aussi intéressant.
Tout comme le choix du basculement de la caméra lorsque Paul Paracini entre dans la pièce à l’étage.
Home est un court métrage, une carte de visite. Julien Le Goff s’en sort bien pour la réalisation.
Mais pour l’histoire, vraiment, ce court manque de tout. Les personnages sont sans profondeur. Il ne se passe rien de pertinent. A suivre ou pas…
En tout cas nous espérons que vous ne prendrez pas votre pied en regardant Home. Sinon, il faut que vous alliez consulter un psy en urgence pour vous faire enfermer sans délai.


Interview de Julien LE GOFF réalisée par e-mail:

Comment est né le projet Home ?
Je cherchais un sujet pour le Mobile Film Festival, pour lequel les films présentés doivent avoir entièrement été tourné avec un smartphone. J’ai alors pensé à un «Found Footage» constitué d’instants de vie d’un adolescent, capturés par son portable. De jeux innocents en petites transgressions, le film se terminait sur l’agression gratuite et sauvage d’une femme seule chez elle… J’adorais le mystère qui se dégageait du personnage principal, son absence de motif ou de justification. En développant le film j’ai progressivement supprimé toute la première partie qui pouvait nous renseigner sur son univers quotidien pour me concentrer sur la situation du «happy slapping» final. Mon co-auteur, Méhdi Salamé, m’a ensuite aidé à finaliser et peaufiner une nouvelle version, un huis-clos à la narration plus classique dans lequel nous avons tout de même conservé une séquence smartphone centrale.

Pourquoi une telle histoire ?
Déjà parce qu’elle m’est venu intuitivement et assez rapidement, alors que j’ai plutôt l’habitude des (très) longs processus d’écriture… Le coté risqué du projet me plaisait bien, aussi. Enfin, et surtout, le film coutait peu d’argent et demandait une logistique (1 seul décor, 2 comédiens) accessible pour une toute petite autoproduction. Le rapport «envie» / «faisabilité» était parfait !

Et pourquoi un traitement si propre et esthétique d’un tel sujet ?
Faut-il y voir un simple exercice de style ?

J’ai effectivement complètement pensé le film comme un «exercice de style». J’étais conscient de la faiblesse relative de mon histoire, mais je savais aussi qu’elle offrait en contrepartie un vrai champ d’expression visuelle.
Nous avons donc essayé de travailler minutieusement sur une multitude de détails, dans le choix du décor, des plans, des ambiances lumineuses ou de la colorimétrie pour créer une atmosphère originale mais cohérente avec, par exemple, des rappels de couleurs volontaires entre les vêtements de l’adolescent et la décor du loft.
Le choix du décor a été compliqué d’ailleurs, parce que je tenais à un espace moderne mais avec un vrai caractère… Nous avons eu la chance de trouver dans la région parisienne cet ancien couvent réaménagé en loft design. J’ai adoré cet endroit luxueux mais très impersonnel, presque clinique. Je trouvais qu’il pouvait apporter un vrai plus à l’esthétique du film, mais aussi finalement raconter beaucoup de choses du personnage principal.
J’avais en tout cas dès le départ en tête l’idée d’un travail général soigné sur l’image, d’abord parce que c’est le style de réalisation que j’aime. J’adore les mouvements de caméra et les découpages pensés et maitrisés. Je n’ai rien contre la caméra portée, mais j’avoue saturer un peu de son utilisation abusive dans les films ou dans la pub… Le choix du format scope s’est ensuite très vite imposé pour exploiter au mieux notre décor, que j’ai toujours vu comme un personnage à part entière du film. Et je voulais enfin un film très découpé, très calculé, d’une beauté froide, pour créer un vrai contraste avec le retour à la « réalité » sordide de l’image brute filmée au smartphone.
Le film doit en tout cas beaucoup au superbe travail qu’ont mené Arthur Savonneau (Chef-Opérateur) et Thibault Petillon (étalonneur), deux magiciens qui savent sublimer leurs moyens techniques pour coécrire en images. Un grand merci également au passage à Emmanuel Pampuri des Machineurs qui a coproduit le film et nous a permis de le finaliser sur ses installations !

Y a-t-il une volonté de dénonciation ou autre chose ?
Je vois plutôt le film comme une tranche de vie, comme le portrait d’une personnalité extrême mais dont le rapport aux images est très générationnel… Je suis très nostalgique des premières années d’Internet, les premiers films téléchargés, les toutes premières vidéos postées, quand les images devenaient soudain accessibles mais avaient encore de la valeur…Avant que la toile soit saturée de «lolcats» ou de «Harlem Shake» ! J’aime le cinéma parce qu’il donne un sens, une direction aux images. Or Internet, plus qu’une démocratie, aujourd’hui c’est une «idiocratie» où la moindre compilation de «fails» compte plus de vues que n’en comptera jamais toute la filmographie d’Howard Hawks. La dictature du «buzz» et du «like» encourage à dépasser continuellement les limites et contribue à populariser des trucs aussi crétins que le «happy slapping», le «Knock-out game» ou les «Neknomination». Sur le net, les barrières éthiques et morales sautent. On partage, on regarde, on commente, mais on ne s’implique pas émotionnellement. Moi-même j’ai du regarder une bonne centaine de vidéos d’agressions gratuites pour l’écriture du film, et au bout de la dixième j’étais déjà indifférent à ce que je regardais. Le seul constat que je fais dans le film, c’est qu’il me paraît envisageable qu’un adolescent influençable et nourri à ce type d’images puisse assez facilement franchir d’autres limites pour assouvir sa soif d’existence virtuelle.

Quels sont les réalisateurs qui te fascinent ?
Sur la première marche du podium, John Carpenter pour l’ensemble de son œuvre. Puis James Cameron pour sa maitrise technique, John Mc Tiernan pour son sens du rythme, et enfin Michael Mann et Nicolas Winding Refn pour leurs «money shots».

Quel matériel as-tu utilisé ?
Une caméra RED Epic, une très belle série d’optiques LOMO anamorphiques… Et un Galaxy S4.

Comment s’est fait le choix des acteurs ?
Très rapidement, sur casting traditionnel. Dès ses photos, le visage anguleux et très changeant de Paul Paracini m’avait fait «tilter». C’est en plus un garçon talentueux, bosseur, et très malin. Il est arrivé très bien préparé à notre première rencontre et il avait déjà parfaitement intégré le travail spécifique que demandait son personnage, à savoir le faire exister malgré des créneaux d’expression très limités. Et quand je lui ai demandé de me « jouer l’ennui », il s’est surement senti un peu seul mais il a été bluffant !
Le choix de la comédienne a été plus problématique, compte tenu du caractère particulier de la séquence smartphone qui demandait beaucoup d’investissement physique et émotionnel pour un rôle finalement assez ingrat… J’ai eu la chance de rencontrer Élise Gaiardo, qui a accepté de me faire confiance et qui a mis sa belle énergie au service de la scène, avec notamment des propositions très justes pour dynamiser la chorégraphie du meurtre.
Enfin, Nadia Tawansy, une comédienne américaine rencontrée par l’intermédiaire d’un ami, m’a prêté son joli timbre de voix pour finaliser la dernière partie.

Pourquoi un duo masculin / féminin ?
L’histoire semblait l’imposer assez naturellement. Je vois cet adolescent comme un personnage très organisé, parce que très lâche. Il s’attaque à des proies faciles – ici en l’occurrence une femme isolée.
La beauté naturelle d’Élise Gaiardo amène aussi d’autres questions (depuis combien de temps la retient-il prisonnière ? que lui a-t-il fait exactement ?) que je laisse volontairement en suspens mais que je me suis posées. Comme pour beaucoup d’autres points du film, je laisse le champ libre à l’imaginaire du spectateur.
Je voulais par contre dès le départ jouer avec la dimension sexuelle que pouvait sous-entendre la scène du meurtre en lui donnant volontairement un coté calme, silencieux, presque sensuel.

Quels sont tes projets dans les semaines à venir ?
Continuer à essayer de donner de la visibilité à ce film, aider quelques réalisateurs à monter leur propre projet par l’intermédiaire de notre société (dont le duo Spook & Gloom, auteurs de «Silence» et rencontrés à Mauvais Genre) et enfin suivre le parcours du Brésil en coupe du monde.

Si tu pouvais devenir le propriétaire d’un des 5 véhicules suivants, lequel prendrais-tu ?
Batmobile
Van scoubidou
Flash McQueen
Kitt
DeLorean

Sans hésiter la DeLorean, avec laquelle je retournerais dans le passé pour venir me dire bonjour au moment où je regarde pour la première fois «Retour vers le futur».