Réalisateur : DE LA IGLESIA Alex
Distribution : Rezo Films



Date de sortie en salle : 8 janvier 2014

Durée du film : 1h54

Tout commence avec une scène d’anthologie : le braquage d’un dépôt d’objets en or en plein cœur de la Puerta del Sol madrilène par des bandits déguisés en artistes de rue (Jésus, Soldat de Toy Story, Minnie…). Et l’on peut vous assurer que cela ne donne pas le même effet que les braqueurs de Point Break avec leurs masques de présidents américains. Dans Les Sorcières de Zugarramurdi, l’effet burlesque de cette scène pourtant tendue est parfaitement maîtrisé par de la Iglesia. Surtout si l’on ajoute que l’effraction est grandement facilitée par le fils d’un des voleurs qui vient de rejoindre son père pour son week end de garde alternée.
Bref, cela tourne mal et nos braqueurs (loosers il faut bien le dire), empruntent un taxi, ainsi que ses chauffeur et passager afin de tenter de fuir vers la France. Après maintes péripéties, ils se retrouvent coincés au village basque Zugarramurdi proche de la frontière. Mais ce lieu étrange est connu pour ses sorcières. Les événements qui vont alors s’y enchaîner entraînent nos personnages, ainsi que la mère du gamin et le duo de policiers qui les poursuivent dans une aventure digne des meilleurs films de genre.
D’ailleurs, le film est à réserver à un public averti car il bascule parfois franchement dans le décadent et l’horreur.

Gros succès en Espagne où il a rentabilisé son budget de tournage de 5 millions et remporté huit Goya® (aka les « césars » espagnols), Les Sorcières de Zugarramurdi représente le parfait exemple de ce qu’affectionne son réalisateur. Alex De la Iglesia y évoque la crise espagnole en cultivant un savoureux mélange de genres (action, road movie, romance, fantastique, horreur…) et en restant toujours sur son registre de prédilection : la comédie.
Carmen Maura, comme toujours excellente, est la porte parole de ce mélange avec sa carrière diffuse. Elle souligne aussi la part très « espagnole » du film où les anecdotes purement ibériques s’enchaînent, sans pour autant mettre de côté le spectateur étranger.
Les effets spéciaux sont, comme toujours avec ce réalisateur, très maîtrisés et nombreux. Avec une petite surenchère sur la scène de Sabbat qui divise. D’aucun s’en réjouiront absolument tandis que d’autres la trouveront longuette, sans réel intérêt.
Ce film représente une antithèse au Jour de la Bête, un film de genre très apprécié des amateurs, où Alex de La Iglesia faisait voyager un prêtre du Nord de l’Espagne vers Madrid pour y chasser l’antéchrist.
Avec Les Sorcières de Zugarramurdi, on a aussi une vision très jubilatoire de l’opposition en sociétés patriarcale et matriarcale.

Encore un très bon film de genre(s) espagnol avec un Alex de la Iglesia très en forme qui nous fait oublier le trop long et excessif Balada Triste et nous rappelle des petits bijoux d’humour comme Mes chers voisins ou de réalisation Crimes à Oxford.


Tiphaine