Salle : Bibliothèque Municipale Centrale
Ville : Tours (37)

Série d’anticipation de type dystopique, Black Mirror (saisons 1 & 2 produites par Channel 4, puis production Netflix à partir de la saison 3) se distingue par des épisodes indépendants soulignant nos rapports à la technologie via le spectre du regard de l’autre ou de la société. Pour cela, tous les genres sont utilisés : SF, fantastique, horreur, survival…

Le Serial Philo de ce soir, premier épisode de la saison 5 à la Bibliothèque Municipale de Tours, nous est proposé par David Lebreton.



Pour prolonger la réflexion, une bibliographie sélective était proposée par la bibliothèque sous la forme d’un dossier d’une dizaine de pages avec les ouvrages disponibles à la consultation et à l’emprunt.
Ce dossier est téléchargeable sur le site de la bibliothèque :
Bibliographie Sélective bibliothèque sur Black Mirror

Nous commençons avec un extrait du très dérangeant épisode 1 de la série, « National Anthem ». Extrait qui nous présente la demande de rançon pour le moins particulière de la Princesse Susannah, retenue en otage, au premier ministre Michael Collins.

Originalité de la série : chaque épisode est un One shot. Scénarii audacieux voire extrêmes, avec une forte capacité à déranger. Une histoire, un casting différent à chaque fois. Format qui est celui de l'anthologie.


Principe de la série, une anthologie
Mosaïque d’épisodes qui n'ont aucun rapport entre eux. Format différent des autres séries. Renouveau d un format post guerre (« Alfred Hitchcock présente », « Quatrième dimension », puis « Contes de la Crypte »…), peu économique car pas fidélisant. Manque de continuité ; lockout. Du coup, plus facile de prendre le train en route (« stand alone » = indépendance mais risque de zapping).
La plupart du temps, les séries naviguent entre deux extrêmes pour fidéliser sans fermer la porte à de nouveaux auditeurs (cf : Fargo). Une autre technique consiste à mettre un fil conducteur dans la série qui conserve des épisodes autoconclusifs (cf Arc mythologique dans X files avec en plus une enquête ponctuelle ; ou la plupart des séries d'enquêtes comme The Mentalist...).
La seule unité dans Black Mirror est thématique. Ce qui est rare pour une série. Ce genre de l'anthologie est en revanche couramment utilisé en littérature. Vient du grec anthos = ‘fleur’. Les fleurs deviennent un bouquet, les épisodes une série. Recueil littéraire succession de nouvelles qui ne se suivent pas mais forment un recueil, un bouquet.


Le miroir
Chaque série ne se présente pas à nous avec une totale virginité. Nous la visionnons avec des références que nous avons. Black Mirror fait appel à notre conception de la thématique du miroir : vision, regard, yeux, narcissisme, égocentrisme, portrait, autoportrait, écran, photo, film, tableau... Miroir de Blanche Neige, miroir de la Bête, Alice qui passe de l’autre côté (référence forte dans l’épisode 1 avec la cassette vidéo qui porte l’inscription ‘watch me’), le miroir déformant de Tchekov, miroir de Riséd de Harry Potter (ep1 saison 2).


Unité thématique : la technique
Souvent la série présente des technologies qui n'existent pas encore. Mais on n'est jamais très loin de notre réalité. La série anticipe si peu que d’après Michel Puech que les scénaristes ont du la revoir à plusieurs reprises car ils avaient été rattrapés par la réalité.
La technique peut toujours s’appréhender comme un savoir faire. Ce savoir et ce faire ne peuvent exister l’un sans l’autre.
Cf : Aristote. La technique est une disposition à produire accompagnée de raison vraie ; faire puis savoir.
Télécommande dans « The Entire History of you » (ep 3, saison 1); Abeilles drones dans « Hated In The Nation » (ep 6, saison 3).
Savoir: laboratoire où l'intelligence débouche sur un faire ; ex : image de l'ordinateur, ou labo de construction des abeilles...
Aristote: comment arrivent les choses qui n'auraient pas du arriver ? Quand la nature ne parvient pas à créer, la technique prend le relais. La nature et la technique se complètent. Si nous avons besoin de technique, c'est que la nature ne fait pas correctement les choses. Ces imperfections nous pouvons les voir à travers le personnage de Ash (Ep 1, saison 2). Ce qui est intéressant, c'est que le début de l'épisode ne cesse de montrer les défaillances de Ash vivant. Alors que le Ash virtuel est conçu pour être extrêmement attentionné. Conception instrumentale de la technique.

Différenciation antre agir et produire. Aristote rattache la technique à l'idée de la production. En revanche, le danseur qui produit des mouvements juste pour lui ne fait que agir.
Dans la série, l'homme passe dans le domaine de la production ; l'homme devient un objet connecté parmi d'autres
Quand les choses entrent en crise, elles nous aident à mieux comprendre. Une technique qui se déroule sans accroc ne nous apprend rien.
TANT QUE LE MIROIR NE SE BRISE PAS NOUS NE LE VOYONS JAMAIS POUR LUI-MEME MAIS POUR L’IMAGE QU’IL RENVOIE.


Première rupture le dépassement de la Nature
La technique poursuit d'autres buts que continuer la nature. Elle devient contre nature. Thématique de la mort. La nature fait mourir. La technique cherche à rendre immortel. Stratégie de renforcement du corps qui devient une stratégie de compensation des défaillances du corps. Voire ne plus avoir de corps, qu'il s'efface peu à peu (Ep 2, saison 1 « 15 million Merits »). Dans cet épisode, le corps s'efface de plus en plus.
Idem dans l'épisode de Noël, saison 2, « White Christmas » avec le clonage de l'esprit dans une sorte d'oeuf. On retrouve cela avec Platon : l'esprit continue après avoir quitté le corps, après la mort.
Sur que la série, c'est une assignation à résidence, dans un cookie : un cerveau artificiel.
Détacher le corps de l'esprit le rend plus faible. Quand on se fait voler son grain, on a accès à tous les souvenirs.
Même chose sur la relation entre Martha et Ash (Ep.1, saison2), quand elle fait tomber son téléphone et le casse : elle perd la liaison. Elle lui dit "tu es tellement fragile".


Deuxième rupture : effacement de l'agir.
La culture, la religion, la philosophie sont des instruments de l'agir. Dans Black Mirror, nous n'avons plus besoin de cet effort intellectuel, car nous pouvons agir directement. Deuil, pas besoin de lire Sénèque, il suffit de récupérer un clone.

Martin Heidegger (ep5, s3 Heidekker : référence probable…) : les hommes souhaitent maîtriser la Nature, avec une accélération sur la période moderne. Cela nous conduit aux extrêmes de la série.
On parle de la soumission du monde aux exigences de la raison : un arraisonnement de la Nature. Ce qui ne parle pas à la raison est évacué.
Ex: Un fleuve est un débit hydraulique, une source de production électrique et pas un joli paysage.

La passion qui intervient le plus, c'est notre obsession de voir et de savoir ; mesquine envie de voir et de savoir (cf 1er épisode).
C'est aussi un miroir, nous devons nous poser la question : pourquoi je m'inflige ça ?

Extrait saison 3, ep6 : discussion entre les deux flics (affaires Ranok) alors vous avez vu les photos et les vidéos ? J'ai tout vu!

Les perversions sont passées de la tête au virtuel...
Miroir sans teint ? Voir dans être vu?
Une partie est dégoûtée, une autre partie est intriguée. On a la distance de l'écran.
Parallèle avec les attentats et les images d'information qui sont choquantes.
ATTN SPOILER !
Nous ne sommes pas des monstres : le monstre c'est Kenny. Qui se révèle être un prédateur sexuel. Pédophile. (Nous ne mettons volontairement pas l’épisode Concerné)

Nos écrans sont plus que des miroirs. On transmet plus que notre image à nos écrans : portrait trompeur.
Le véritable Black Mirror, c'est le portrait de Dorian Gray.
Internet est un outil formidable mais aussi le dépotoir de nos vices, de nos lâchetés (Sexe tapes, commentaires agressifs anonymes sur un réseau social…)
#deathto dans le dernier épisode de la saison 3. Blague avec le gâteau, au départ c'était juste une commande derrière un écran qui se termine en mort.
La violence est banalisée. Ce n'est plus un objet de réflexion.
Cela donne un préjugé, il existe un défaut de réflexion

C'est le problème du black mirror, il ne réfléchit jamais assez.